Paroles de Roucas 3 – Le Rocher

Paroles de Roucas 3 - Le Rocher

Ce Roucas qui couronne le village

Parmi les nombreux phénomènes naturels, l’érosion provoque parfois des paysages originaux. C’est le cas à Vitrolles ou ce bloc de granit(1) rose qu’est le Rocher s’est détaché de la falaise il y a quelques millions d’années, pour aujourd’hui dominer le massif de l’Arbois. Du haut de ses 30 mètres, accessibles par un unique escalier taillé dans la roche, nombreux sont les promeneurs à gravir les nombreuses marches escarpées, pour admirer le panorama unique sur la Sainte Victoire ou sur les villes du Pourtour de l’étang. Mais ce piton rocheux, appelé Lou Roucas en provençal, atteste également de l’histoire de la ville dès le Ve siècle de notre ère. A la chute de l’empire Romain, la population a cherché à se protéger des invasions barbares, Goths, Francs, et Sarrasins  en se réfugiant autour du Rocher, où le village fut édifié, avec ses remparts dont quelques vestiges subsistent encore aujourd’hui entre les deux principaux accès, à savoir le Portalet à l’ouest, et la porte Notre Dame au sud. Le patrimoine le mieux conservé autour du village remonte à l’époque médiévale. C’est à cette période que seront notamment construit sur le rocher, la chapelle Notre Dame de Vie au XIIe siècle, ainsi que la tour sarrasine au XIe siècle. Cette dernière, dont les mûrs crénelés ne sont pas sans évoqués les jours de lutte et d’angoisse contre les hordes barbares qui envahissaient la région, aurait eu de multiples fonctions au fil des siècles. Elle fut d’abord partie d’une place fortifiée enveloppant le haut du Rocher avant d’être longtemps utilisée comme lieu de garnison en temps de troubles, puis de prison. Enfin, au XIXe siècle, elle aurait servi à isoler les victimes de la lèpre, une épidémie particulièrement récurrente au sein de la ville. Cependant, aujourd’hui, l’intérêt de cette tour couronnant ce Rocher très pittoresque relève plus de sa situation géographique, que de son histoire. C’est à ce titre, qu’elle fut recensée en 1929 à l’inventaire des monuments historiques, le seul édifice de la ville jusqu’à présent, à l’initiative de Jules Guibaud, maire de 1925 à 1945. Preuve de sa notoriété locale, la tour sarrasine figure aujourd’hui sur le blason de la ville.

(1) Ne pas confondre granite et granit. Le granite désigne une roche plutonique volcanique inexistante dans notre région. Le granit est un terme technique utilisé par les sculpteurs et les marbriers pour désigner une roche non poreuse et imperméable.

A partir du Vème siècle, le Rocher fut aménagé en forteresse afin de protéger la population contre les invasions barbares.

Une lutte permanente contre l'érosion

Si seize siècles auparavant, le Rocher fut aménagé pour protéger la population des invasions barbares, en revanche, ce patrimoine vieillissant a par la suite suscité beaucoup de problèmes, menaçant la sécurité des habitations alentours. L’érosion de la roche calcaire a déjà rendu inaccessible la façade nord de la chapelle Notre Dame de Vie, et a souvent provoqué des chutes de pierres sur les toitures des maisons environnantes. Parmi les exemples les plus représentatifs figure l’église paroissiale, accolée au Rocher, au fond du vieux cimetière qui fut endommagée jusqu’au XVIIIe siècle par des pans du Rocher avant que les messes soient finalement célébrées à Saint Gérard à partir de 1744. De cet édifice lapidé, il ne aujourd’hui plus qu’un mur et une partie du clocher. A l’image de l’usure du Rocher, la dégradation de la tour sarrasine posa également des problèmes de sécurité publique. Dans un rapport datant du 25 mai 1960, il est signalé que les intempéries agissent sur ses maçonneries mal protégées provoquant la chute de matériaux sur le chemin d’accès. Dans les dangers liés à la vétusté des pierres, on remarque aussi cet important fait divers du printemps 2005, dans le quartier du Griffon, où plusieurs blocs rocheux s’étaient détachés de la falaise entraînant d’importants dégâts matériels sur une résidence située allée Claris Dorian. Plus récemment, les violentes averses qui se sont abattues dans le courant de l’automne dernier, ont provoqué la fissuration du mur de soutènement des premières rampes d’escaliers conduisant au sommet du Rocher. Le colmatage des différentes fissures ainsi que l’amélioration du drainage des eaux de pluie sont prévus après le 15 août, à l’issu du pèlerinage annuel de Notre Dame de Vie. Dans la foulée, le dossier sécurisation du Rocher conduit par les services techniques municipaux, prévoit également de limiter les risques de chutes de pierres liés à la fragilisation du Roucas. Les blocs les plus friables seront d’abord ôtés manuellement par une équipe d’alpinistes qui posera ensuite des filets plaqués et pendus. Toutefois, cette lutte permanente contre l’érosion permettra au mieux, de prévenir, voir de reculer l’échéance d’un probable éboulement.

De l'église accolée au fond du vieux cimetière et qui a longtemps subi les chutes de pierres du Rocher, il ne reste aujourd'hui qu'un mur et une partie du clocher.